Hamnet : Un film magnifique qui illustre l’amour profond d’un père pour son fils qui n’est plus là
Le film de Chloé Zhao présente un regard intime sur la famille de l’éminent dramaturge, servant de toile de fond à la création de Hamlet. Cette adaptation du roman à succès de Maggie O’Farrell, avec Paul Mescal et Jessie Buckley, est une véritable perle de sensibilité.
Au cœur de l’époque élisabéthaine, Agnès est une jeune femme singulière. Solitaire et peu encline à se conformer aux normes, elle aime se promener avec son faucon. Dans son village de Stratford-upon-Avon, cette vieille fille de 26 ans est redoutée, tant pour ses origines – elle est la descendante d’une sorcière – que pour son esprit libre. Elle consacre ses moments de liberté à vagabonder dans les forêts, ce qui ne plaît guère à sa belle-mère.
William est un professeur de latin, à la fois médiocre et sans le sou. Obnubilé et plongé dans les livres, cet intellectuel rêve de devenir écrivain. Il développe en lui une sensibilité pour le monde qui l’entoure, mais cela ne le protège pas du mépris et des coups de son père, un gantier. Les deux, comme s’ils étaient attirés par leurs propres bizarreries, finissent par se croiser. Évidemment, ils tombent amoureux et se marient, malgré les reproches de leur entourage – Agnès est déjà enceinte de Susanna.
Ils s’aiment, et c’est tout ce qui importe. Cependant, il y a un mais… Inspiré du roman de Maggie O’Farrell, Hamnet de Chloé Zhao offre une nouvelle perspective sur la création de Hamlet, en explorant les thèmes de la parenté et du chagrin. L’histoire du jeune prince, dont le destin tragique est connu, trouve ici ses racines dans la mort d’Hamnet, le fils unique du couple, survenue cinq ans avant la première représentation de la pièce.
Bien que cette théorie ait été rejetée par des experts de l’écrivain, elle a donné naissance à l’un des romans les plus remarquables du XXIe siècle. Ce livre se distingue non seulement par sa précision historique sur l’époque élisabéthaine, mais aussi par sa prose poétique. Il met aussi en lumière, d’un point de vue féministe, les figures, surtout féminines, sans lesquelles les grands auteurs ne seraient pas ce qu’ils sont.
À l’écran, la beauté s’exprime à chaque instant, tout comme la vulnérabilité. La scène d’ouverture en illustre parfaitement cette ambition esthétique : Agnès trouve refuge dans le creux d’un arbre âgé de plusieurs siècles, ses racines l’enveloppant comme sa mère défunte aurait pu le faire. Les plans, parfois symétriques, parfois écrasants, ainsi que l’immensité contemplative, portent la marque de la réalisatrice de Nomadland et de son directeur de la photographie, Łukasz Żal, récemment remarqué pour La Zone d’intérêt.
La vie et la mort d’un couple évoquent une tragédie où nul n’échappe au destin, même quand celui-ci se montre capricieux. L’ombre de la mort de leur enfant traverse tout le récit. Agnès, qui a des visions depuis sa jeunesse, répète qu’elle n’aura que deux enfants, mais finalement, ils seront trois. La naissance des deux derniers s’avère particulièrement périlleuse, et personne ne parie sur la survie des jumeaux – pourtant, ils sont là. La mère concentre tous ses efforts sur Judith, la plus jeune, dont la santé est fragile, négligeant ainsi son frère jumeau, Hamnet, qui, lui, est plein de vie.
La perte inévitable de l’enfant, qui est le cœur du récit, n’intervient que dans le dernier tiers du film. C’est dans ce geste à la fois simple et audacieux que réside tout le talent de Chloé Zhao. Car Hamnet n’est pas seulement le fils perdu d’Agnès et de William Shakespeare. Il est ce petit garçon espiègle, au visage rond, complice de sa sœur jumelle. Il incarne aussi la douceur et la sensibilité de son père, avec qui il s’entraîne à l’épée. Il grandit à la fois dans l’amour et l’absence, car le dramaturge, souvent en tournée avec sa troupe, est rarement présent à la maison.
Ce couple, dont la liberté et la passion émerveillent dès les premiers instants, doit faire face à l’épreuve de cette perte. Le garçon est arraché à ses parents par la peste, le fléau de l’époque. Leur vivacité et leur joie, si palpables, s’estompent sous le poids de la culpabilité et du chagrin. Les absences et les créations de l’écrivain, autrefois célébrées, deviennent maintenant des reproches. Son succès se construira loin de leur foyer, en dehors du champ de leur quotidien.
Peu importe le nom, c’est avant tout l’histoire d’un couple dévoré par la douleur, dont le deuil résonne de manière universelle.
Dans des scènes de la vie quotidienne et à travers des silences éloquents, Paul Mescal et surtout Jessie Buckley, lauréate du Golden Globe pour la meilleure actrice et pressentie pour les Oscars, se révèlent.
Ils naviguent à travers les tumultes du chagrin sans jamais tomber dans le mélodrame, ce qui donne une dimension nouvelle à l’histoire.
Hamnet est sorti au cinéma depuis le 21 janvier 2026.
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